Introduction :

Imaginez un monde ou les votes ne seraient plus truqués, la propriété intellectuelle inviolable, les documents infalsifiables, les responsables des crises financières et autres bulles retrouvés instantanément, et les données smartphones entièrement sécurisés : Telle est la promesse de la Blockchain.

Pardon pour les puristes de la Blockchain mais ce qui va suivre à vocation à vulgariser une technologie aussi complexe aujourd’hui pour le grand public qu’a pu l’être l’Internet en 1995, mais qui est sur le point elle aussi d’amener une toute nouvelle ère. « Une véritable révolution est en marche » à en croire Marc Andreessen

[i], doyen des venture « capitalistes » de la Silicon Valley.

I. Qu’est-ce que la Blockchain

Dans la littérature financière, elle est souvent présentée comme un grand registre virtuel sur lequel sont stockées toutes les transactions. Une illustration : imaginons deux acteurs A et B, A veut envoyer de l’argent à B en utilisant la Blockchain.

Dans l’univers de la Blockchain,

  • A et B sont des parties du réseau et sont elles-mêmes des écritures mathématiques et non des personnes physiques ;
  • Quand A va envoyer de l’argent à B, c’est en réalité un bloc mathématique d’algorithme qui va être envoyé, d’où le nom de la technologie ;
  • Ce bloc est envoyé à toutes les parties du réseau qui approuvent la transaction si elle est valide
  • Si validé, le bloc est ajouté à la chaine de blocs validés, laissant une preuve indélébile et non modifiable de la transaction.

Ainsi la Block Chain est une technologie qui encapsule sous forme d’algorithme des engagements (financiers, réglementaires, etc.) multipartites de façon publique et irrévocable. C’est là toute la disruption, plus besoin de tiers de confiance, parmi lesquels nombres de services financiers.

(Financial Times)

II. La Blockchain, opportunité ou menace pour le secteur des services financiers ?

Créée en 2009 par un mystérieux Satoshi Sakamoto que personne n’a jamais rencontré, probablement un avatar pour un groupe de développeurs, longtemps associée au Bitcoin, elle a profité de sa réputation sulfureuse et des scandales qui l’entoure (l’affaire Silk road notamment) pour être reconnue et adaptée à de nouveaux usages.

La Blockchain inquiète autant qu’elle intrigue les banques, notaires et tous les métiers d’authentification. Cela étant dit, en automatisant tous les processus, elle constitue une réelle opportunité pour ces acteurs :  les coûts d’infrastructure pourraient s’en trouver réduits d’au moins 15 milliards de dollars par an d’ici à 2022 !

Les acteurs financier internationaux l’ont compris et se sont rassemblés au sein du consortium intitulé « R3 » pour la déchiffrer et l’adapter aux besoins du secteur. Ils voient surtout un intérêt dans une Blockchain privée ou semi-privée avec un nombre limité d’acteurs accédant aux transactions, rappelant encore une fois les débuts d’Internet et ses détracteurs qui voyaient davantage d’intérêt à l’intranet qu’à l’Internet.

C’est une opportunité car le système lié à la Blockchain est :

  • Hautement sécurisé
  • Immuable
  • Infalsifiable
  • Economique

Ainsi, elle permettrait de sécuriser les paiements, les back-offices, le trading d’actions et autres contrats. L’enjeu est tel que les acteurs de la place investissent en masse : Barclays a signé avec l’entreprise suédoise de Bitcoin Safello, Visa a investi 30M$ dans la start-up Chain pour développer une Blockchain privée, Goldman Sachs investit 50M$ dans Circle, une start-up Blockchain et le groupe espagnol BBVA a créé un fonds de 250M$ dédié aux Fintech Bitcoin/Blockchain.

Parmi ses applications les plus célèbres on retrouve :

  • M-Banking et transfert d’argent : souvenez-vous de M-Pesa, la licorne kenyane dont on vous parlait dans le dernier article (https://goo.gl/IifXPD). Elle permet un transfert instantané et hautement sécurisé d’argent par téléphonie mobile, reposant entièrement sur la technologie Blockchain. C’est le cas également d’Abra, leader mondial du transfert d’argent en Peer-to-Peer, sans frais, dans la devise de votre choix grâce à une conversion en bitcoin.
  • Gestion des échanges de titres et conservation : le Nasdaq et l’ASX[1] [ii] étudient la possibilité de stocker les mouvements de titres directement sur Blockchain pour les sécuriser plutôt que de garder l’information sur une base de donnée interne à la Bourse.
  • Droits d’auteurs, Smart Contract et propriété intellectuelle : Une propriété intellectuelle inviolable et une répartition des droits d’auteurs simultanée et sans intermédiaires. Une garantie pour les artistes d’êtres payés en fonction du nombre réel d’écoutes et pour les consommateurs de savoir où va leur argent : c’est le créneau des Start-up Ascribe, Up ou Bittunes qui gèrent les droits d’auteurs et facilitent la distribution de titres musicaux d’artistes indépendants.
  • D’autres exemples encore : Facturation automatisée (Tallysticks), certification d’identité (Onename), d’œuvres d’art (Verisart), streaming vidéo et musical sécurisé, (PeerTracks), gouvernance décentralisée (Bitnation), vote immuable ( Bitcongress/Follow my vote), cyber-sécurité (Guardtime), IoT (projet ADEPT commun à IBM et Samsung), covoiturage (La’Zooz), réseaux sociaux (Synereo)

III. Les défis à lever pour accompagner la révolution Blockchain/ faire de la Blockchain une technologie mass-market

Les applications de la Blockchain semblent infinies mais le chemin est encore bien loin du mass market. En effet, certaines barrières sont à lever pour faire de la Blockchain le nouvel Internet.

  • Défi technologique lié à la lenteur du processus et le traitement simultané:  si le processus de contrôle de la Blockchain est fiable et sûr, sa capacité limitée à traiter plusieurs opérations simultanément est aujourd’hui pointée du doigt. La Blockchain ne permet de réaliser que 7 opérations par seconde contre 2.000 opérations par seconde pour VISA par exemple. Une des solutions possibles serait d’augmenter la taille des blocs pour augmenter la capacité de traitement du réseau, ce qui supposerait d’abord de lever les problèmes d’hétérogénéité technique.
  • Défi réglementaire lié à l’absence de gouvernance centralisée : Avec une organisation décentralisée, toute gestion de la Blockchain repose sur le consensus ce qui rend les réformes structurelles plus longues à mettre en place.
  • Défi opérationnel lié à la nouveauté de la technologie, encore peu testée : La blockchain aujourd’hui est encore difficile à appréhender, à comprendre simplement. Un des principaux défis est de rendre cette technologie accessible, concrète pour le plus grand nombre pour qu’elle puisse être rendue plus fiable, robuste par l’expérimentation et l’utilisation.

Conclusion :

La Blockchain, tout comme Internet à sa genèse est la technologie disruptive par excellence. Malgré les défis qui restent à relever, elle continue à gagner du terrain, aussi bien dans les services financiers qu’ailleurs. Preuve en est : le premier mariage enregistré exclusivement sur Blockchain fin 2015 par un couple hollandais libertarien.