Vous l’avez surement vu faire la une ces dernières semaines, la Banque centrale européenne (BCE) prépare une structure de « défaisance » pour y transférer des centaines de milliards d’euros de prêts qui risquent de ne pas être remboursés en raison de la crise du coronavirus.

Depuis le début de la crise financière en 2007, l’idée de regrouper les actifs toxiques des banques dans une structure spécifique ( A.K.A une bad bank) chargée de les liquider est devenue à la mode. En quoi consiste une « bad bank » ? Quelle est son efficacité ? Existe-t-il d’autres alternatives ?

Depuis que la crise a éclaté en août 2007, les banques sont confrontées à deux problèmes majeurs : le manque de liquidité sur le marché interbancaire et la dégradation de leur solvabilité. Malgré les plans de sauvetage des gouvernements et les actions entreprises par les banques centrales pour éviter une paralysie totale du marché monétaire, le constat est sévère : les banques restent méfiantes les unes envers les autres et rechignent à se prêter de l’argent.

Les actifs toxiques se trouvent à la base du problème. Un produit toxique est un actif financier que l’on ne peut plus vendre, car personne n’en veut. Cet actif est susceptible de générer des pertes pour son détenteur.

Les banques détiennent encore de nombreux actifs toxiques issus de la crise des subprimes, des actifs à haut risque, souvent basés sur une construction complexe et avec un potentiel de forte rentabilité, mais dont la valeur a fini par s’effondrer. À cela s’ajoute la crise des dettes souveraines en Europe : le manque de confiance grandissant dans la capacité de certains États à rembourser leur dette tend à déprécier fortement la valeur des obligations d’États.

De nombreuses banques sont ainsi pénalisées car elles possèdent un important portefeuille de dettes publiques européennes. De nombreux actifs ont également perdu de leur valeur et sont devenus illiquides (ils ne s’échangent plus sur les marchés) à cause de l’incertitude générale qui règne.

C’est le « problème du citron », dû à l’information asymétrique : les acheteurs potentiels ont peur de ce qui se cache derrière certains actifs car ils manquent d’information et qu’il est devenu impossible de prédire les probabilités de défaut sur la base des standards passés. Dès lors, la valeur des actifs est devenue difficile à évaluer et plus personne ne cherche à acheter ces actifs dits toxiques. Les investisseurs et les contreparties sont donc incertains quant à la santé financière de la banque, ce qui altère sa capacité à emprunter et à lever des capitaux. De plus, les dévalorisations répétées des actifs toxiques engendrent des pertes pour les banques. Ces pertes diminuent les fonds propres des banques, donc leur solvabilité. Lorsqu’elles se rendent compte qu’elles ont pris trop de risques et qu’elles craignent des défauts de paiement (l’opération de crédit comporte par définition une part de risque), les banques arrêtent de prêter de l’argent aux entreprises et aux ménages, bloquant ainsi le crédit indispensable à l’économie. Ce resserrement du crédit est appelé « credit crunch ». Ces raisons montrent l’intérêt (le besoin selon certains) d’une intervention publique, par la création d’une bad bank qui reprendrait les actifs invendables et permettrait de se donner du temps pour céder les actifs illiquides, avec plus ou moins de casse.

Une bad bank ou « structure de défaisance »  est donc une structure juridique indépendante créée spécialement pour y transférer les actifs « non performants » (douteux ou toxiques) d’un établissement financier en difficulté. Cette structure va liquider au meilleur prix et dans les meilleurs délais les actifs repris, afin de limiter les pertes pour l’actionnaire ou la collectivité. Ses statuts interdisant généralement de nouveaux investissements, la structure est vouée à disparaître après quelques années, lorsqu’elle a revendu tous ses actifs.

Pourquoi parle-t-on de « bad bank » ? À l’origine, cette structure fut nommée « structure de défaisance », au sens où elle permet de se défaire d’actifs conduisant vers la faillite. Pour que tout le monde comprenne de quoi on parlait, on inventa l’expression « bad bank ». Vous l’aurez deviné, contrairement à son nom, une bad bank n’est donc pas une mauvaise banque.

Pourquoi ne pas vendre directement ces actifs toxiques au lieu de créer une bad bank ? Car il n’y a pas d’acheteurs sur le marché, la demande étant réduite par le manque de liquidité des acheteurs potentiels, dans l’incapacité de se financer par emprunt à cause du credit crunch. Cette diminution de la demande pousse les prix des actifs vers le bas. Les prix réagiront de façon plus sensible encore si on cherche à vendre des actifs d’une même catégorie rapidement et en grand nombre. Une vente massive des actifs toxiques risque également d’affaiblir la situation financière des autres banques possédant ces actifs et qui verront la valeur de ceux-ci dégringoler. Opérer dans la précipitation n’aurait donc pour résultat que d’aggraver les dépréciations des actifs, tout en augmentant le risque de propagation pour les autres banques. Le vendeur peut aussi raisonnablement s’attendre à ce que les prix remontent à long terme.

Comment retirer les actifs toxiques des bilans des banques si, faute de demande, il n’y a pas de prix de marché ? L’un des éléments clés est la décote du prix, qui permet en même temps de fournir un plancher au marché. Lors de l’audit préalable d’acquisition, on assigne aux actifs des valeurs de marché faibles, ce qui permet de fixer un plancher pour la valeur des actifs. Comme les acteurs du marché ne s’attendent pas à ce que les prix tombent sous ce plancher, le commerce est maintenu.

Le projet actuellement en phase d’étude par la BCE vise à protéger les banques d’une deuxième lame dans la crise économique provoquée par l’épidémie de COVID-19. L’envolée attendue du chômage risquant de mettre de nombreux ménages en difficulté et de les rendre incapables de rembourser leurs prêts.

La BCE a mis en place un groupe de travail pour réfléchir à ce projet de “bad bank” et les travaux se sont accélérés ces dernières semaines. Le montant des créances dans la zone euro dont on estime qu’elles ne seront probablement jamais remboursées intégralement dépasse déjà 500 milliards d’euros, selon les statistiques officielles, qui portent aussi bien sur les crédits à la consommation que sur les prêts immobiliers ou automobiles. Ce montant devrait encore augmenter sous l’effet de l’épidémie et pourrait même doubler à 1.000 milliards d’euros, fragilisant un peu plus le bilan des banques et limitant leur capacité à distribuer du crédit.

La nouvelle présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait consulté des banquiers et des responsables de l’UE sur l’idée d’une “bad bank” ces dernières semaines, un projet déjà discuté et rejeté il y a deux ans. Pour que ce projet voit le jour, le soutien de l’Allemagne, première économie de la zone euro, est indispensable. Or, Berlin s’y oppose depuis des années, rejetant toute idée d’une responsabilité partagée sur les dettes.

L’Allemagne a cependant assoupli récemment sa position en acceptant une forme de mutualisation de la dette dans le cadre du plan de relance post-épidémique, financé par des emprunts émis par la Commission.

L’une des pistes envisagées impliquerait le Mécanisme européen de stabilité (MES), dont le rôle est de fournir une aide financière aux pays de la zone euro ou aux banques en difficulté, en tant que garant de cette “bad bank”.

Cette structure de défaisance émettrait alors des obligations que les banques achèteraient en échange de portefeuilles de prêts non remboursés. Les banques pourraient ensuite déposer en collatéral ces obligations auprès de la BCE pour obtenir des financements, a expliqué l’une des sources.

La Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, a déclaré qu’elle avait décrit comment les systèmes de défaisance bancaire pouvaient fonctionner, mais qu’aucun “travail formel” n’était en cours. Elle a déclaré que les banques avaient reçu une plus grande marge de manœuvre réglementaire, mais qu’elles pouvaient explorer toutes les possibilités pertinentes si nécessaire. Les banques européennes se préparent déjà à une nouvelle vague de créances douteuses, avoir une bad bank européenne pourrait aider…

Affaire à suivre

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By Lamiae Kettani
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